Partager la route
Nous passons quelques jours en famille en Normandie pour le weekend de l’Ascension 2026. Ce matin, nous faisons une balade le long du sentier côtier. Sur ce tronçon, entre Granville et Saint-Pair-sur-Mer, une partie du cheminement vélo et piéton est prise sur une voie de circulation voitures.
Je pense à mon travail, qui porte sur les politiques de mobilité. Dans les cours que je donne, je traite souvent de l’espace public, et de comment ses transformations s’inscrivent dans (ou contribuent à inscrire) notre vision du vivre ensemble, au fil du temps. Je m’interroge en particulier sur la question du partage : elle se pose pour toutes les ressources rares, et l’espace en est une.
Parfois, partager signifie faire des parts séparées, comme ici : d’une part les voitures, de l’autre les piétons et les cyclistes. Chacun à sa vitesse ; on est dans une logique d’« écoulement des flux », en termes techniques.
Et parfois, partager signifie être ensemble sur le même espace. Là, je dirais qu’on est plutôt sur une logique de « négociation », ou de « rencontre ». On se voit, on doit négocier sa présence, son mouvement, avec l’autre. Pour moi, ça renvoie à une vision de la société et de notre place, que nous encarnons physiquement. Nous sommes tous là, sur le même espace, avec notre âge, notre aptitude plus ou moins développée à la mobilité, éventuellement notre handicap (propre, mais aussi dû à ce que nous transportons : courses, poussette, …), à pied ou équipés d’un véhicule mécanique ou motorisé…
Quand j’étais enfant, j’habitais un village en Lombardie, dans le nord de l’Italie. Je me déplaçais toujours à vélo. Il n’y avait pas de pistes cyclables, pratiquement pas de trottoirs, nous étions tous sur les mêmes espaces. C’était certainement parce que ce n’était pas très dangereux : les voitures n’allaient pas très vite. Ou peut-être on nous laissait sortir plus facilement, nous, enfants, et du coup les voitures allaient plus lentement puisqu’il y avait plus d’enfants dans la rue. Je ne saurais dire lequel vient en premier.
En marchant ici, je me dis que ça a toujours été important pour moi de travailler à des politiques publiques qui impliquent une certaine notion du vivre ensemble. Ça a été mon fil conducteur. Comme je me suis retrouvée à travailler sur la mobilité, ça a pris la forme de politiques qui favorisent l’utilisation du vélo, de la marche et des transports en commun.
Laura Foglia
Laura Foglia est diplômée en Économie Politique à l’Université Bocconi de Milan, puis à HEC Paris et à l’ENPC Paris. Elle est experte conseil en politiques de mobilité, cheffe de projets Mobilité Quotidienne au think tank The Shift Project et enseignante à l’ENPC (Mobilité et Transition).
